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Blog nationaliste Breton

25 septembre 2005

Skol vamm - Ècole maternelle - Merville Lorient

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Dès novembre 2004, l’inspection académique était informé d’un projet de classe bilingue breton-français pour 15 enfants. Depuis, les chiffres n’ont cessé d’augmenter.

Historique du projet

Octobre 2004 : Une famille sollicite la directrice de l’école pour que son enfant bénéficie d’un eneignement bilingue breton français. L’association Div Yezh est contactée

Novembre 2004 : Le projet d’une classe bilingue est adopté lors du Conseil des Maîtres, puis du Conseil d’Ecole. L’inspecteur de l’Education Nationale en est informé. Dans les effectifs prévisionnels de la rentrée 2005 tranmis à ce dernier, 15 enfants sont prévus dans la filière bilingue.

Janvier 2005 : Un sondage est effectuée au sein de l’école auprès des parents de petite section et de moyenne section (soient 80 enfants). 11 enfants sont ainsi pré-inscrits pour la rentrée 2005. La liste nominative des ces 11 enfants est transmise à l’Inspection d’Académie avec copie à l’I.E.N.

Février 2005 : Une lettre du Collectif des Parents est adressée à l’Inspecteur d’Académie demandant l’ouverture d’une classe bilingue pour septembre 2005. Réponse négative de l’I.A.

Juin 2005 : A la fin du mois, 16 enfants sont maintenant inscrits. Une lettre du Collectif des Parents est adressée à la Mairie de Lorient.

Juillet 2005 : La Mairie de Lorient apporte une réponse favorable et soutient le projet.

Rentrée 2005 : 20 enfants sont maintenant inscrits dans la classe bilingue. L’Inspection d’Académie refuse l’ouverture.


Pour soutenir l'école vous pouvez signer la pétition :

http://merville.maternelle.free.fr/rubrique.php3?id_rubrique=30

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18 septembre 2005

Esclaves blancs, maîtres musulmans

Olivier Pétré-Grenouilleau, Professeur à l’université de Bretagne-Sud (Lorient)


On l’ignore totalement : au XVIe siècle, les esclaves blancs razziés par les musulmans furent plus nombreux que les Africains déportés aux Amériques. L’historien américain Robert C. Davis restitue les pénibles conditions de vie de ces captifs italiens ou espagnols*.

On a pris aujourd’hui la mesure de la traite des esclaves noirs organisée par les négriers musulmans à travers le Sahara, ainsi qu’en direction du Moyen-Orient et des régions de l’océan Indien (1). On sait aussi que l’affrontement entre l’islam et la chrétienté a alimenté en maures et en chrétiens les marchés d’esclaves des deux côtés de la Méditerranée médiévale.

Mais si des travaux, maintenant assez nombreux, avaient permis d’éclairer la question de l’esclavage dans les pays chrétiens, et notamment dans la péninsule Ibérique, on ne savait pas grand-chose de la condition réelle des esclaves chrétiens dans les États “ barbaresques ” d’Afrique du Nord.

Une histoire souvent obscurcie par la légende. Professeur d’histoire sociale italienne à l’université d’État de l’Ohio, Robert C. Davis nous en livre désormais, dans un ouvrage remarquable, une approche véritablement scientifique. Le fruit de dix ans de travail, principalement en Italie.

Car l’Italie, “ œil de la chrétienté ”, fut sans aucun doute, entre le XVIe et le XVIIIe siècle, la région la plus touchée par les raids des Barbaresques, ou Africains du Nord. Des villages y furent sinistrés, des activités (comme la pêche) entravées, des esprits et des sociétés durablement secoués. La Méditerranée devenant “ la mer de la peur ”, nombre d’Italiens auraient alors délaissé les littoraux pour s’installer plus loin, vers l’intérieur. A propos des effets à long terme de ces razzias, l’auteur va jusqu’à parler de “ désastre social et psychologique ” – une question qui mériterait sans doute des études plus étoffées.

Un million d’esclaves entre 1530 et 1780

Les causes de l’esclavage des chrétiens sont tour à tour mentionnées par Robert C. Davis : la Reconquista, le désir, de la part des musulmans, de prendre une revanche sur les croisades, l’appât du gain. Mais ce qui l’intéresse, c’est surtout la question des conditions de vie de ces esclaves. Une question qui fut l’un des thèmes porteurs de l’historiographie consacrée à l’esclavage américain, et que Robert C. Davis tente d’appliquer, ici, à l’esclavage musulman. Difficile d’estimer le nombre des esclaves blancs dans les pays barbaresques. On ne dispose que de données partielles, d’époques différentes, qu’il faut recouper avec soin.

Parfois même se contenter de projections. Contre Fernand Braudel, qui en avait minimisé l’ampleur (2), tout ce travail conduit l’auteur à une nouvelle pesée du phénomène. Estimant à environ 15 % le taux de mortalité des esclaves déjà plus ou moins acclimatés à leur nouvelle condition, il évalue entre un million et 1250000 le nombre d’esclaves blancs détenus, entre 1530 et 1780, sur un territoire s’étendant de l’Algérie à la Libye actuelles. Au XVIe siècle, il y avait donc annuellement plus d’esclaves blancs razziés que d’Africains déportés aux Amériques. 90 % au moins de ces esclaves blancs étaient des hommes.

Et comme on ne leur laissa guère l’occasion, de fait, d’avoir une descendance, la seule chose d’eux qui aurait pu leur survivre est le produit de leur travail, du moins pour ceux qui étaient affectés à de grandes tâches étatiques : construction de digues, de fortifications, de ports, de rues ou encore de palais. Mais une bonne partie de ces constructions a disparu. Cette institution, qui dura pourtant près de trois siècles, n’a donc laissé pratiquement aucune trace perceptible. “ L’autre esclavage ”, écrit Robert C. Davis, est ainsi devenu “ l’invisible esclavage ”. Au XVIe siècle, de vastes opérations militaires étaient menées par les États barbaresques, jusqu’à l’intérieur des terres ennemies pour se procurer des esclaves.

Mais, à partir des premières décennies du XVIIe siècle, les captifs blancs furent surtout le produit d’opérations corsaires privées. La valeur des esclaves pouvait représenter entre 20 et 100 % de celle des autres prises, navire et marchandises inclus. Aussi les Barbaresques s’occupaient-ils directement, non seulement de capturer les esclaves, mais aussi de les transporter et de les vendre. L’appât du gain était renforcé par l’arrière-plan conflictuel entre chrétienté et islam.

Sinon, comment comprendre l’horreur toute particulière que les cloches des églises des villages qu’ils razziaient inspiraient aux corsaires – dont certains étaient des chrétiens renégats ? Des cloches qu’ils déposaient souvent, et parfois emportaient avec eux – le bronze n’étant pas sans valeur. La violence exercée lors de ces raids avait également une tonalité en partie symbolique qui permettait d’entretenir la crainte des populations littorales.

Même chose pour les humiliations infligées dès leur capture aux nouveaux esclaves : obligation de se dénuder, administration de coups à l’aide de cordes à nœuds, puis, à leur arrivée à bon port, défilé des nouveaux asservis destiné à officialiser le triomphe de leurs nouveaux maîtres. Ainsi désocialisés, les esclaves étaient plus facilement soumis. D’abord un peu mieux traités, afin qu’ils s’acclimatent correctement, ils étaient ensuite orientés vers des activités variées, allant du travail dans les orangeraies de Tunis au service domestique. Néanmoins, la plupart se voyaient confier des tâches particulièrement dures : galères, extraction et convoyage de pierres, construction, etc.

Et aucun “ code blanc ” (à l’imitation du fameux code noir appliqué dans les Antilles françaises), même symbolique, ne venait limiter le pouvoir du maître sur son esclave “ infidèle ”. Certains captifs jouissaient cependant d’un certain degré de liberté On leur demandait seulement de ramener, chaque matin, une certaine somme d’argent à leur maître ; système rappelant celui, dans les Antilles, des “ noirs à talents ” loués à des entrepreneurs. Le vol pouvait alors être à la fois acte de résistance et moyen de survivre au sein du système esclavagiste.

Cervantès captif des Barbaresques

Souvent, les esclaves chrétiens travaillaient comme domestiques au service de familles musulmanes. Mais ce type d’esclavage déclina plus rapidement que celui organisé au bénéfice des États barbaresques. Au point que, à la fin du XVIIIe siècle, la moitié des esclaves chrétiens d’Alger vivaient dans des bagnes publics.

Les conditions d’existence y étaient extrêmement dures : il y régnait un climat de violence, notamment sexuelle, les geôliers étant accusés d’y favoriser, contre paiement, des pratiques sodomites. Les captifs qui pouvaient faire l’objet d’une forte rançon échappaient vite à ces conditions d’existence. D’autres pouvaient être rachetés au bout de quelques années. Ce qui fut le cas de Miguel de Cervantès (1547-1616), l’auteur de Don Quichotte, esclave des Barbaresques entre 1571 et 1580.

La chose devint théoriquement plus facile avec le temps, car des institutions religieuses spécialisées dans le rachat des captifs furent organisées de l’autre côté de la Méditerranée ; en Italie, des sommes importantes furent mobilisées pour le paiement des esclaves chrétiens. La durée de captivité s’étendait ainsi, dans nombre de cas, de cinq à douze ans au maximum. Le taux de mortalité, cependant, demeurait élevé. Beaucoup d’esclaves n’avaient donc que peu d’espoir de retourner, un jour, chez eux. O. P.-G.

      Notes

* Robert C. Davis, Christian Slaves, Muslim Masters. White Slavery In The Mediterranean, The Barbary Coast And Italy, 1500-1800, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2003. 1. Cf. “ La vérité sur l’esclavage ”, spécial, L’Histoire n° 280. 2. La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, Paris, Armand Colin, 9e éd., 1990

Source : L’Histoire N° 295

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17 septembre 2005

Jengland 851

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La bataille va durer trois jours, pendant lesquels la lourde armée franque va être désorganisée par les troupes légères bretonnes. Dès le premier jour, Vivien, comte de Tours et abbé laïc de Saint-Martin-de-Tours est tué. Le lendemain, les Francs ont de nombreuses pertes. Voyant se profiler la défaite, Charles II abandonne son armée dans la nuit du 23 au 24 août et fuit vers la France. Au matin, la nouvelle de la fuite du roi achève de démoraliser l'armée franque qui se débande et sera massacrée durant son repli en désordre. La victoire est totale pour Erispoë, d'autant qu'il met la main sur les tentes du campement royal et sur tout leur riche contenu, dont les régalia (les habits officiels du roi) constituent la plus belle pièce. De nombreux seigneurs francs ont été tués, parmi lesquels Gauzbert le Jeune, comte du Maine, et le comte Palatin Hilmerad. Les prisonniers francs sont relégués en Bretagne.

 

Dès septembre (ou octobre) suivant, Erispoë accepte de rencontrer Charles II à Angers, nouvelle cité frontière. Erispoë se voit confirmer le pouvoir sur la Bretagne que détenait son père. Le pays de Retz, le Nantais et le Rennais sont cédés à la Bretagne (ce qui permet de contrôler l’estuaire de la Loire, ainsi que la production et le trafic du sel). Enfin, la Bretagne se voit officiellement reconnaître le statut de regnum, royaume subordonné. En contrepartie, Erispoë devient le fidèle du roi franc et s'engage à ne plus troubler dorénavant la paix en Francie occidentale.

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02 septembre 2005

Nominoë

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En ces temps de révisionnisme historique concernant la Bretagne (cf. Philippe Tourault dans "Ouest France" du 27/08/2005), il serait bon de rappeler ce qui s'est réellement passé.

La Bretagne historique, on peut considérer qu'elle a vécu sous trois régimes différents de gouvernement : la Bretagne indépendante, la Bretagne autonome, la Bretagne assujettie avec comme dates clés : 845, 1532, 1789. 845 avec la victoire de Nominoë à Ballon marque le départ de la première étape.

Pour comprendre l'oeuvre de Nominoë, il n'est que de considérer la Bretagne aux siècles précédents. Une expression géographique : il y a en Armorique des territoires peuplés de Bretons ; il n'y a pas une Bretagne.

Aux IVème et Vème siècles, la Gaule romanisée et unifiée a été envahie par différentes tribus, germaniques ou autres, qui ont détruit l'unité impériale et introduit l'anarchie avec la ruine. Le chiffre de population ? De 200 à 300 000 âmes au plus, selon Léon Fleuriot, qui fait autorité en la matière. Cette faible densité explique la relative facilité du débarquement des Bretons et de la bretonnisation de toute la région côtière.

Sous les rois mérovingiens, l'Armorique semble mener sa vie en dehors du reste de la Gaule ; on ne peut guère se fier aux textes ni aux cartes des "Histoire de France" qui l'englobent dans la Neustrie. De temps à autre, les rois arrivaient à faire accepter leur autorité d'un tiern ou d'un comte, mais pour un temps, et jamais sur tout le pays. L'argument appuyé sur le versement d'un tribut ne signifie rien. En 1919, l'Allemagne fut condamnée à payer tribut pendant quinze ans : elle n'était pas pour autant gouvernée par les Alliés. Si le roi avait été le maître, il eût désigné les chefs du pays à sa guise et nommé surtout des Francs ; or, partout les tierns sont Bretons. Le système des évêchés monastiques limite fort l'influence de la métropole de Tours.

En 800, deux zones : la zone bretonne, la zone gallo-franque. Quatre comté breton : la Domnonée, le Léon, la Cornouaille, le Bro-Erec ; trois comtés gallo-francs: Rennes; Nantes et Vannes : pays de "marches", c'est-à-dire de territoires militaires de défense. Le Roland de "La Chanson..." aurait été comte des marches de Bretagne. Pour renforcer leurs positions, les rois tendaient à multiplier le peuplement franc sur le substrat gallo-romain : les actes notariés de la région nord de Redon fourmillent de patronymes germaniques indiquant les nouveaux possesseurs des terres. Comtes et "marquis" sont nommés par les rois en ces pays de marches.

Pas question de le faire en ces comtés bretons qui se révoltent tous les dix ou douze ans, contre ce tribut qu'on veut leur imposer. La puissante autorité carolingienne doit faire campagne en 786, 799, 811. 818, et c'est toujours à recommencer. Les comtes sont battus ; le temps de refaire leurs forces, ils remettent ça... Le drame, c'est que tierns et comtes mènent chacun leur lutte et semblent incapables de s'unir devant l'ennemi commun. S'il est puissant, on risque l'absorption irrémédiable. En 818, ils s'entendent pour reconnaître comme chef MORVAN, dit Lez-Breizh, (soutien de la Bretagne) qui vainc ainsi les comtes des marches. Mais une expédition de l'empereur frank, Louis Le Débonnaire le poursuit jusqu'à Langonnet où il est tué près de sa place forte. Guyomarc'h prend la relève et mène encore la vie dure aux Francs, si bien qu'en 826, Le Débonnaire, se disant que les Bretons se soumettront peut-être plus facilement s'ils ont à leur tête un breton, choisit un noble qu'il avait eu l'occasion de connaître comme délégué pour le tribut : NOMINOE. Il le désigne comme duc avec autorité sur tous les comtés bretons, Vannes y compris.

Savoir attendre

Nevenoë ou Nominoë serait originaire de Plumaugat, près de Dinan et fils d'un tiern. Le poète chroniqueur, Ermold Le Noir, le dit paysan parvenu à la suite de la découverte d'un trésor. Mais, étant du monastère de Saint-Florentin, dévasté par Nominoë, son objectivité est nulle, et son histoire n'a même pas de vraisemblance. La promotion exigeait un homme qui avait reçu une éducation de chef de par le sens politique de tout premier ordre qu'il montra. Son grand mérite a été de savoir attendre et de ne prendre l'initiative des opérations qu'avec la quasi-certitude de vaincre. Deux époques dans son gouvernement : celle de "gouverneur", celle de chef indépendant. Une date entre les deux : 840, date de la mort de Louis Le Débonnaire.

Au cours de la première période, Nominoë se comporte en sujet loyal. Deux motifs à cette attitude : son serment de fidélité à Louis, en un temps où un serment était sacré ; - la faiblesse des Bretons en face d'un adversaire encore puissant. Ses buts immédiats : modérer l'impatience des tierns pour que ne s'usent pas inconsidérément les forces bretonnes et les amener à accepter de fait et pas seulement de principe son autorité. Ainsi, on comprend mieux les positions qui nous déconcertent de sa part, quand il semble prendre le parti de Louis contre ses compatriotes (aux heurts de 830, 834, 835, 837, il réprime les représailles des Bretons contre les provocations des Francs ; mais il se plaint à Louis contre les Francs). Quelques faits révèlent ses visées lointaines : il prend lui aussi les méthodes franques de gouvernement et de peuplement et pousse pacifiquement ses Bretons, paysans, guerriers et moines, vers l' Est.

Sa plus belle réussite

Sa plus belle réussite est d'avoir compris et appuyé saint Convoïon. En 830, Convoïon, archidiacre de Vannes, part, avec cinq compagnons bretons, à la recherche d'un site pour un monastère dans le but de se donner au service de Dieu et de "prier pour toute la Bretagne". Il conquiert la sympathie d'un chef, qui lui cède une terre au confluent de l'Oust et de la Vilaine. L'emplacement est de premier ordre au point de vue militaire : un promontoire qui domine tout le pays et commande la route des invasions. Les autres chefs sont furieux, protestent auprès de l'empereur et de l'archevêque de Tours, qui interdisent l'installation monastique. Même Nominoë ne peut les fléchir. Mais, en 834, les fils de l'empereur, révoltés contre leur père, ont remprisonné Louis. Ils essaient, en vain d'avoir l'appui de Nominoë, qui reste fidèle à l'empereur. Mais, pour obtenir l'aide de Dieu en faveur de l'empereur, il ne trouve pas de meilleur moyen que la concession, au nom de l'empereur, des terres nécessaires à l'établissement monastique de Convoïon : "Considérant les angoisses. Les tribulations de l'empereur Louis, en ce temps où les ruines s'accumulent, annonçant la fin des temps, je fais cette donation aux religieux de Redon pour que Dieu, touché par leurs prières, daigne venir en aide à l'empereur, en considération de cette aumône faite en son nom". Comment Louis pourra-t-il désavouer cette expression de fidélité ? Sur Convoïon, le jugement de Dom Lobineau l'historien : "Comme il avait l'esprit docile et le naturel heureux, il se rendit sçavant et joignit même l'éloquence au sçavoir".

840 : Louis meurt, laissant l'Empire à Lothaire, contre qui partent en guerre ses frères Louis Le Germanique et Charles Le Chauve. L'adversaire divisé et affaibli, c'est l'heure de Nominoë, c'est "l'heure bretonne".

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Les conditions ont changé depuis le début du siècle. Morvan n'arrivait à rallier qu'incidemment les tierns, qui n'acceptaient son commandement que pour un cas précis ; d'où sa défaite finale, abandonné par les siens. Nominoë, depuis quinze ans régente le pays, avec autorité et prestige. Il a son monde bien en mains. Questionné sur sa fidélité, il répond au Chauve qu'il est d'accord avec lui, mais ne lui prête pas serment. Et pendant que Charles est occupé contre son frère Lothaire et Pépin d'Aquitaine, Nominoë‚ s'abouche avec Lambert à qui le roi avait refusé le comté de Nantes ; tous deux descendent ravager le pays nantais en 843, Rennes et Angers en 844. Il est plus que temps que Charles accourt. Ses effectifs sont supérieurs à ceux de l'armée bretonne. Nominoë juge prudent de se rapprocher de ses bases. Il choisit son terrain de combat à deux lieues au nord de Redon : Ballon, près de Bains-sur-Oust.

845 : la première date de l'Histoire de Bretagne (une date qu'on ne trouve guère dans les manuels d'Histoire de France, et pour cause...) La bataile est le triomphe de la légère cavalerie bretonne contre les Francs lourdement armés : "Tantôt, (les cavaliers) donnent impétueusement, avec toutes leurs forces, dans la masse serrée des bataillons francs et les criblent de leurs javelots ; tantôt, ils font mine de fuir et les ennemis lancés à leur poursuite reçoivent leurs traits. Accoutumés à combattre de près, lance contre lance, les Francs restent immobiles, frappés d'étonnement, effrayés de ce nouveau péril qui leur était inconnu ; ils ne sont point équipés pour poursuivre ces troupes légères, et s'ils les attendent rangés en lignes serrées ils n'ont contre leurs coups aucun abri". (Raison du Cleuzioul). Le combat repris le lendemain, se terminant par un désastre. Charles Le Chauve s'enfuit pendant la nuit, abandonnant armée, pavillon, ornements royaux.

De ce jour, Nominoë est maître incontesté de la Bretagne. Il s'applique à l'intérieur à faire reconnaître partout son autorité, évoquant les causes litigieuses à son tribunal. Il s'applique à étendre vers l'est les frontières, en s'installant sans plus de façon dans les comtés de Rennes, de Nantes et de Retz, sans s'occuper des prestations royales, déterminant ainsi les frontières qui resteront celles de la Bretagne. Ses incursions ne s'arrêtent pas là. Une pointe dans le Bessin en 846, Angers de nouveau, Le Mans en 848, en 850 ; et il était dans le Vendômois quand il mourut subitement le 7 mars 851, d'apoplexie ou d'empoisonnement. Le roi franc s'imaginait qu'il allait pouvoir reconquérir les territoires perdus. Erispoë, fils de Nominoë, puis Salomon, se chargèrent de lui faire comprendre que l'oeuvre était solide et durable.

Eliminer les évêques étrangers

Le chef de guerre s'était montré prestigieux ; le politique ne fut pas moins habile. On ne peut passer sous silence ses démêlés avec l'église franque. Quelle que soit religion et pays, les chefs temporels cherchent toujours à avoir sous leur coupe les chefs spirituels. C'est vrai aujourd'hui ; c'était encore plus vrai dans ce Haut Moyen Age, où les évêques avaient gardé ombre de prérogatives temporelles, depuis ce cinquième siècle qui les avait vus défenseurs de la cité. Ainsi certains devinrent-ils en même temps évêques, comtes et chefs, de guerre. L'empereur tenait donc à avoir comme chefs religieux des hommes à lui. En Armorique, il réussit souvent à installer des évêques francs, là où la métropole de Tours exerçait son autorité théorique, encore que la juridiction en territoire breton était souvent assez flottante et enchevêtrée, à cause du système des évêchés monastique.

Maître de l'Armorique, Nominoë s'employa assidûment à éliminer les évêques étrangers, dont tel se donnait plus de souci de saper le pouvoir breton que de promouvoir le bien de son peuple. Convoïon fournit la méthode : il réussit à les faire prendre en défaut de simonie et à les faire démissionner d'eux-mêmes. Ces évêques s'étaient fait payer, entre autres, pour agréer des candidats à l'ordination. Pratiques courantes à l'époque mais irrégulières et réprouvées par Rome. Deux des accusés partirent se défendre à Rome. Convoïon y arriva avant eux, officiellement délégué par Nominoë. Il obtint une condamnation de principe. Pour application Nominoë réussit à Coatleu, près de Saint-Congard, en 849, une assemblée de 72 notables, religieux et laïcs, devant laquelle, couverts de confusion, les évêques simoniaques donnèrent leur démission "spontanée"... Nominoë les fait remplacer aussitôt par des Bretons. Les protestations du roi franc, du métropolitain de Tours, des autres évêques de Neustrie, le laissèrent totalement sourd. Peut-être commença-t-il lui-même les démarches pour l'érection de Dol en métropole de Bretagne ; il aurait également transformé en évêchés territoriaux Saint-Brieuc et Tréguier, régis par des moines-évêques.

La délégation à Rome de 847 aura même obtenu du pape que Nominoë fût couronné "roi de Bretagne". Tous les historiens ne sont pas d'accord sur le titre. Lui y semblait assez indifférent, se faisant appeler tantôt "princeps" , tantôt "dux" ou "rex". Charles Le Chauve, en tous cas, ne reconnut officiellement le titre de "roi de Bretagne" qu'à Erispoë‚ en 851, en même temps qu'à l'autorité sur les comtés de Rennes, de Nantes et de Retz. Indifférent aux titre Nominoë avait la réalité.

On comprend qu'un pareil homme ait pu être la terreur des voisins, qui ne sont pas fait faute de salir sa mémoire, le traitant de "brigand chanceux", étendant même à toute la population bretonne cet sévérité de jugement : "race menteuse, arrogante, rebelle, perfide, chrétienne de nom seulement sans rien de chrétien dans ses moeurs, sans culte et sans églises". (Ermold le Noir). Dupouy, qui ne semble guère l'aimer, le reconnaît : "prudent, patient, habile à saisir l'occasion et à la faire naître, énergique et hardi dès qu'elle se présente. Au surplus, un homme de son temps qu'il ne faut pas travestir en prince-chevalier ; ardent au pillage, pieux avec discernement"... Mais, "Nominoë a fini par vaincre ses ennemis grâce au patriotisme romantique des poètes et des historiens du XIXème siècle". (Duine)

Héros national, "Pater patriae", fondateur de l'unité bretonne, fondateur de la Bretagne, voilà Nominoë. Son génie, éclate dans la durée de son oeuvre. Si aujourd'hui, nous luttons contre l'arrachement de la Loire-Atlantique, c'est parce que cette terre est bretonne depuis Nominoë, depuis 1100 ans. Il n'y a plus d'Etat breton depuis 1532 ; quatre siècle d'efforts d'assimilation n'ont pas réussi à détruire chez nos compatriotes la conscience d'être Bretons. Cette conscience nous la devons à Nominoë.

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Nominoë - Tad Ar Vro

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